Ecrire vraiment ? (Rita Genthon)

 

Elle a payé pour dire oui. Oui, au thème imposé pendant une année. Oui, à l’obligation d’avoir des idées qui surgissent comme des lapins d’un chapeau. Oui, à la fatigue qu’il faut repousser de deux heures. Oui, à l’inspiration sur commande. Oui, à la complicité entre gribouilleurs, oui, aux éclats de rire sur les bons mots placé à bon escient. Oui, à la dérision qui fait du bien.

Oui, aux titres récalcitrants qui ne correspondent pratiquement jamais à son attente. Oui, au verbe qui ne se conjugue pas autant qu’il le faudrait. Oui à l’imagination qui cale, râle et sait se taire en faisant l’impasse sur le thème imposé.

Oui, aux émotions qui remontent des fonds des tripes. Oui, au sentiment d’être nul et nunuche.

Oui, aux poèmes qui doivent avoir un certain nombre de pieds, oui, aux acrostiches et autres anaphores.

Oui, aux questionnements et aux réflexions personnels. Oui, à la souffrance que certaines remarques ravivent. Oui, toujours oui.

Oui, à l’admiration de l’autre qui trouve le mot correct pour exprimer son ressenti. Oui, à la connaissance approfondie de l’histoire du verbe. Oui, à la révolte de l’enfant au bout de la plume de l’adulte. Oui, à la rage qui surgit du volcan quand l’émotion prend le dessus.

Oui, à l’autre qui sait mieux que toi. Oui, à l’autre que tu fais rire.

Oui, à pourquoi écrire.

Oui pour trouver les mots qui décrivent les fantômes, oui à extirper des tripes les non-dits et jamais écrits. Oui au doigt mis dans l’engrenage non verbal. Oui à l’écriture, cette amie sauvage, qui un jour peut-être se laissera dompter.

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